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Jumeaux numériques · 2026-10-10 · 7 min
Le LOD en BIM et en CityGML : deux échelles qui partagent un nom
Demandez du « LOD 2 » et vous obtiendrez un bloc avec un toit à versants ou un mur générique, selon qui lit la demande. Les niveaux de détail de CityGML et les niveaux de développement du BIM partagent un acronyme, et presque rien d'autre. Ce que signifie chaque échelle, comment elles se correspondent, et comment rédiger une exigence que personne ne peut mal interpréter.
La Plaça de Catalunya vue d'en haut dans IFC Viewer Online : des maquettes IFC détaillées des fontaines et des monuments parmi les bâtiments OpenStreetMap qui entourent la place
Deux métiers disent « LOD » et ne parlent pas de la même chose. En modélisation urbaine, le LOD est le Level of Detail (niveau de détail) : la quantité de géométrie d'un objet urbain, d'une emprise au sol jusqu'à une façade avec ses fenêtres. En BIM, le LOD est le Level of Development (niveau de développement) : le degré d'aboutissement de la conception d'un élément, et donc la mesure dans laquelle l'intervenant suivant peut s'y fier.
Les deux se rencontrent dans tout jumeau numérique d'un lieu : un modèle de ville pour l'environnement, du BIM pour les actifs qui comptent. Une exigence qui dit simplement « LOD 2 » peut se lire dans un sens comme dans l'autre, et quelqu'un la lira dans le mauvais sens.
L’essentiel
- Le LOD de CityGML (0–3 dans la version 3.0) mesure la géométrie d'un objet urbain. Le LOD du BIM (100–500) mesure le degré d'aboutissement de la conception d'un élément.
- Ils ne se correspondent pas terme à terme. Un bâtiment en LOD3 CityGML a des fenêtres ; une fenêtre en LOD 300 BIM a une taille et une position exactes. Ce ne sont pas les mêmes questions.
- L'ISO 7817-1 (niveau de besoin d'information) remplace le numéro de LOD unique par une géométrie, des informations et une documentation fixées selon l'objectif.
- Un jumeau de ville mêle généralement les deux : un contexte en LOD1–2 issu de données ouvertes, et des maquettes IFC pour les actifs auxquels se lient les données en direct.
Même acronyme, axes différents : en haut, la géométrie d'un objet urbain ; en bas, le degré d'aboutissement de la conception d'un élément BIM.
Le LOD dans CityGML : combien de géométrie
| Niveau | À quoi ressemble un bâtiment | Source habituelle |
|---|
| LOD0 | Une emprise au sol ou un contour de toiture, à plat | Cadastre, fonds de carte |
| LOD1 | Un bloc : l'emprise extrudée à une seule hauteur | Emprises au sol plus une hauteur issue d'un relevé ou d'OpenStreetMap |
| LOD2 | Formes de toit et surfaces des murs | Lidar aéroporté ou photogrammétrie |
| LOD3 | Ouvertures, débords et détails de façade | Relevé détaillé ou maquettes de conception |
CityGML 3.0[citygml] conserve quatre niveaux. La version 2.0 en avait un cinquième, le LOD4, pour les intérieurs ; la 3.0 l'a supprimé et permet aux intérieurs d'apparaître à n'importe quel niveau, si bien qu'un bâtiment peut avoir une enveloppe en LOD1 avec des pièces en LOD2. Beaucoup de jeux de données et d'outils décrivent encore le schéma à cinq niveaux : vérifiez donc à quelle version une exigence fait référence.
Ici, le LOD ne concerne que la géométrie. Les attributs (usage, hauteur, année de construction) peuvent être rattachés à n'importe quel niveau.
Le LOD en BIM : jusqu'où la conception est aboutie
| Niveau | L'élément est… | On peut s'y fier pour |
|---|
| LOD 100 | Un symbole ou un volume qui le représente | Études de surfaces, de volumes et de coûts |
| LOD 200 | Un élément générique, de taille et de position approximatives | Coordination préliminaire ; rien n'est définitif |
| LOD 300 | Un élément précis, de taille, de forme et de position exactes | Coordination et implantation |
| LOD 350 | LOD 300 plus ses interfaces avec les autres éléments | Coordination entre corps d'état : supports, raccordements, dégagements |
| LOD 400 | Assez détaillé pour être fabriqué et posé | Fabrication et montage |
| LOD 500 | Vérifié sur site | Référence de l'ouvrage exécuté ; pas davantage de géométrie |
La spécification du BIMForum[bimforum] définit les LOD 100 à 400, avec le 350 ajouté pour la coordination entre corps d'état, et laisse volontairement le LOD 500 de côté : il relève de la vérification sur le terrain, pas d'un niveau supérieur de géométrie ou d'information. Le niveau s'applique à chaque élément : une même maquette peut contenir une charpente métallique en LOD 400 à côté d'un mobilier en LOD 200.
Comment les deux se comparent
Seulement de façon approximative, et uniquement pour l'enveloppe du bâtiment :
| CityGML | Le plus proche en BIM | Pourquoi ce n'est pas la même chose |
|---|
| Bloc LOD1 | Volume de bâtiment LOD 100 | Les deux sont des volumétries, mais le LOD 100 est une intention de conception et le LOD1 un relevé de l'existant. |
| Toit et murs LOD2 | Enveloppe LOD 200 | Le LOD2 de CityGML n'a ni épaisseur de mur, ni couches, ni ouvertures. |
| Façade LOD3 | Éléments de façade LOD 200–300 | CityGML décrit les surfaces d'un objet urbain ; le BIM décrit chaque fenêtre, chaque mur et chaque dalle comme un élément. |
La différence la plus profonde tient à l'unité. CityGML attribue un niveau à un objet urbain (un bâtiment, un pont). Le BIM attribue un niveau à chacun de ses éléments. C'est pourquoi une conversion entre les deux perd toujours quelque chose, dans un sens ou dans l'autre.
Le LOIN : ce que l'ISO 19650 utilise à la place
L'ISO 7817-1:2024[iso7817], qui remplace l'EN 17412-1 en Europe, substitue au numéro unique un niveau de besoin d'information. Pour chaque objectif, chaque jalon et chaque acteur, elle fixe trois choses :
- Les informations géométriques : niveau de détail, dimensionnalité, localisation, apparence et comportement paramétrique.
- Les informations alphanumériques : les propriétés que chaque objet doit porter, et leur nom.
- La documentation : les plans, manuels et certificats qui l'accompagnent.
La partie alphanumérique est celle que l'on peut contrôler automatiquement : un fichier IDS indique quelles propriétés chaque classe doit avoir, et un outil de vérification teste la maquette par rapport à ce fichier. Voir le guide IDS et la checklist IFC ISO 19650.
Ce qu'un jumeau de ville attend de chacun
Le jumeau de Barcelone illustre bien ce mélange. Les bâtiments autour de la place proviennent d'OpenStreetMap sous forme de blocs extrudés, à peu près en LOD1, ce qui suffit pour le contexte. Les actifs qui portent des données en direct sont des maquettes IFC détaillées jusqu'à l'élément : la station Bicing comporte ses 21 points d'ancrage en tant que parties distinctes, parce que le flux en direct colore chacun d'eux.
L'exigence utile n'est donc pas un LOD unique, mais la liste des éléments qui doivent exister individuellement, avec quelle identité et quelles propriétés, pour les données que vous allez y lier. La scène est décrite dans le jumeau de Barcelone en données ouvertes, et la vue d'ensemble dans qu'est-ce qu'un jumeau numérique urbain.
Rédiger une exigence que personne ne peut mal interpréter
- Nommez l'échelle : « CityGML 3.0 LOD2 » ou « BIMForum LOD 300 », jamais un « LOD 2 » tout court.
- Précisez à quoi elle s'applique : quels objets urbains, ou quelles classes d'éléments.
- Séparez la géométrie de l'information : les propriétés vont dans un fichier IDS, pas dans un numéro de LOD.
- Rattachez-la à un objectif et à un jalon, comme le fait l'ISO 7817-1 : « LOD 300 pour la coordination au gel des études » en dit plus que « LOD 300 ».
Le LOD en BIM et en CityGML : deux échelles qui partagent un nom